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Découvert par article ICI Azur https://www.ici.fr/emissions/les-authentiques/c-est-un-bonheur-absolu-claire-a-antibes-transmet-a-tous-ses-connaissances-et-astuces-pour-aider-le-monde-vegetal-7450080
Depuis l’enfance, Claire Aguilera a les mains dans la terre. De ses premiers jardins à son entreprise de conseil et de formation, elle a construit un parcours guidé par une conviction : mieux comprendre le vivant pour mieux le préserver
Aujourd’hui, elle transmet ses connaissances aux enfants, aux particuliers, aux entreprises comme aux professionnels du paysage.
"Passionnée, bienveillante, naturelle"
"J’ai plein de souvenirs de moi dans la nature et dans le jardin quand j’étais petite."
Chez Claire, le goût du vivant ne date pas d’hier. Enfant, elle possède même dans le jardin familial son propre espace "où c’était moi qui jardinais" , passe des heures à observer "les p’tites bêtes et les escargots" et grimpe aux arbres pour regarder les jardins alentour.
Au collège, lorsqu’on lui demande ce qu’elle veut faire de sa vie, sa réponse est déjà toute trouvée : "Je voulais être jardinier. Il n’y avait aucun doute là-dessus."
Pour suivre cette voie, elle doit pourtant batailler. Bonne élève, elle se voit déconseiller une orientation horticole, alors considérée comme une "voie de garage" (!) "J’ai dû taper du poing sur la table. Et mes parents aussi"
Des parents qui la soutiennent : "Si j’avais envie de faire ça, je le ferai, un point c’est tout."
Elle intègre alors le lycée horticole d’Hyères, obtient un BEP aménagement paysager, puis déménage à Antibes pour poursuivre avec un bac professionnel dans la même spécialité.
"Les filles, ça n’avait rien à faire dans ce métier-là"
À l’issue de sa formation, Claire se heurte à un autre obstacle : "C’est un métier qui est très macho encore à l’heure actuelle." Découragée par certains maîtres de stage qui lui expliquent que "les filles, ça n’avait rien à faire dans ce métier-là", elle choisit de ne pas renoncer mais de "faire ça autrement".
Elle se tourne vers le métier de guide naturaliste et décroche un BTS Animation et Gestion touristique locale. "Ça paraissait une voie déviée. Mais en fait, moi je savais exactement pourquoi je le faisais", explique-t-elle.
Pendant sept ans, elle travaille à la fois comme guide touristique et pépiniériste. Une expérience qui lui permet progressivement de comprendre ce qu’elle veut apporter : "Je me suis ' il faut des gens pour aiguiller ces personnes-là et leur dire qu’on peut faire mieux'. On peut soigner les plantes, on peut mettre en place des massifs qui soient résilients, adaptés aux conditions climatiques." Il y a six ans, elle crée ainsi son entreprise, Bienveillance Végétal.
"Un sol vivant, c’est vraiment la clé, la clé de tout"
D’abord consacrée au soin des plantes, à l’expertise et au diagnostic des jardins, son activité s’élargit rapidement au potager, au verger et à la formation. "Aujourd’hui, je forme même les jardiniers paysagistes à des pratiques plus écologiques", explique Claire, qui continue elle-même à se former chaque année.
Son fil conducteur : le vivant et, surtout, le sol. "Un sol vivant, c’est vraiment la clé, la clé de tout".
Elle intervient désormais auprès de publics très variés, dans les écoles, dans des entreprises, auprès de particuliers, dans des Ehpad ou encore auprès d’agriculteurs et de jardiniers.
À Antibes, elle a également fondé "avec des collègues qui ont les mêmes valeurs que moi" l’association PACA Biodiversité, qui anime un jardin partagé où les habitants peuvent "remettre les mains dans la terre". La ville d'Antibes met ainsi à disposition un espace devenu jardin partagé, dans lequel Claire gère la parcelle dite "témoin" ; "pour montrer aux gens comment il faut faire".
Car pour Claire, l’enjeu dépasse largement le jardinage : "Le monde d’après, ce serait un monde où il y aurait de la verdure de partout."
Redonner le goût de la terre, dès l’école et jusqu’à l’Ehpad
Claire accompagne aussi des écoles dans la création de potagers et la végétalisation des espaces. Pour elle, l’enjeu ne se limite pas à lutter contre la chaleur : "Dans les générations d’avant, on a perdu énormément de contact à la terre." Elle raconte ainsi les réactions parfois surprenantes face à la terre : "Quand je dis aux maîtresses : 'végétaliser, c’est super parce que les enfants vont pouvoir retoucher la terre', elles me disent : 'Ah mais c’est dégoûtant !' Mais non, en fait, c’est pas dégoûtant !!"
À l’autre bout de la vie, le contact avec la terre provoque une émotion tout aussi forte. Dans les Ehpad, elle retrouve des personnes qui ont longtemps jardiné mais ne peuvent plus le faire. "Il y a une mamie, on n’arrivait pas à la décoller du bac potager. Elle était là et juste, elle touchait la terre pendant 30 minutes, elle la malaxait." Un moment qui, pour Claire, résume tout le sens de sa démarche : "Ça donne presque envie de pleurer, de se dire que c’est beau. C’est merveilleux de pouvoir rendre ça."
Et sa plus grande satisfaction reste peut-être de transmettre cette reconnexion au vivant : "Je suis très heureuse quand je suis avec des enfants et qu’ils écarquillent les yeux en voyant des vers de terre. Ça me met un bonheur incalculable dans mon cœur."
Une fierté et un avenir tournés vers le vivant
Avec le recul, Claire mesure le chemin parcouru depuis cette élève de troisième à qui l’on voulait déconseiller la voie horticole. "Je suis super fière de ce que j’ai réalisé et très heureuse en fait au quotidien d’avoir la chance de réaliser ce travail et d’avoir monté mon entreprise et de faire ce que j’aime au quotidien. C’est un bonheur absolu."
Une réussite qu’elle envisage aussi comme un message adressé à sa fille : "Pour ma fille, lui montrer que c’est possible de travailler et d’être heureux. Je trouve que c’est le cadeau que j’ai envie de lui faire."
Quant à l’avenir, elle ne se voit pas changer de voie : "Moi, je voudrais toujours être au même endroit, c’est-à-dire toujours dans les écoles, toujours auprès des particuliers, des agriculteurs qui ont besoin de moi."
Son inquiétude ne vient d’ailleurs pas de la crainte d’être remplacée par l’intelligence artificielle : "Elle ne me remplacera jamais", assure-t-elle. Ce qui l’effraie davantage, c’est notre déconnexion progressive de la nature : "Les gens sont tout le temps sur leur téléphone et se déconnectent de l’extérieur. Ça, ça me fait très peur ... parce que je me dis qu'une fois qu'on est déconnecté de l'extérieur, je ne suis pas sûre qu'on puisse y retourner ou qu'on s'en rende compte. Et puis c'est surtout que on a besoin de beaucoup plus de matériel informatique ...on rase des forêts, on rase plein d'espaces verts pour mettre en place des choses. ce qu'on appelle 'Data Center' . Et au final, en fait, on coupe de la nature pour pour des ordinateurs".
Pour Claire, l’urgence est simple : "Faites revenir la verdure de partout."
Quelques conseils de Claire pour le grand public :
Le paillage
L'erreur qui revient le plus souvent selon elle est celle de dire qu'on peut ne pas pailler le sol. "C’est-à-dire qu’on peut laisser le sol à nu et ce n’est pas grave. Voilà, alors que c’est une catastrophe pour la biodiversité du sol. (...) Si le soleil brûle notre peau, le soleil brûle le sol de la même façon en fait. Et c’est irréversible quoi. C’est très long à remettre en place."
Conseil à retenir : ne pas laisser le sol nu. Le paillage protège le sol, notamment contre le soleil, et contribue à préserver sa biodiversité.
Retourner la terre
Autre idée répandue : le fait de devoir retourner la terre. "On me dit tout le temps : 'Ah ouais, je vais préparer, je vais retourner la terre.' Et maintenant, de plus en plus, tout le monde alerte. Les ingénieurs agronomes alertent : retourner le sol, c’est pas bon, il ne faut pas le faire.'
Claire explique : "Chaque couche de sol à l’intérieur, il y a des micro-organismes spécifiques. Et quand je retourne, eh bien, je tue tout, en fait. C’est comme si je mélangeais l’intérieur de mon estomac avec l’intérieur de mes intestins, ça ne fonctionne pas. Eh bien là c’est pareil."
Conseil à retenir : éviter de retourner la terre afin de préserver les différentes couches du sol et les micro-organismes qui y vivent.
Mettre du vert partout / végétaliser
"Le monde d’après, ce serait un monde où il y aurait de la verdure de partout, où même en plein été, eh bien on ne mourrait pas de chaud dans nos bâtiments, on ne serait pas tous obligés d’avoir la clim non plus. Oui, il va faire de plus en plus chaud, on le sait. Mais en fait, si on laisse de plus en plus d’arbres, ce sera un problème de moins quand même."
"Faites pousser de plus en plus de choses partout. Que vous ayez un coin de balcon, un jardin ou juste dans votre appart quoi. Faites revenir la verdure de partout."
Pour les personnes sans jardin :
"N’hésitez pas à aller choisir des plantes. Alors il faut être un peu conseillé. Allez quand même dans des magasins un peu spécialisés où ils sauront vous dire quoi planter. Ou après vous pouvez également, il y a des trocs aux plantes où vous pouvez échanger ou demander des plantes. (...) Remettez de la verdure en conscience. "
Son organisme de formation https://www.ateliersagroecologiques.org/